Le delta du Mékong partie 11

C’est à moi que vous paierez, rugit ta tigresse. Je ne me sens pas de taille à discuter ses ordres. À gauche de l’allée les banquettes disposent de trois places, celles de droite, deux. Encore faut-il admettre qu’on puisse coller une paire de fesses dans quarante centimètres de large. Mais le dessin des dossiers est sans équivoque sur le nombre de passagers. La dernière rangée de gauche n’a encore qu’un occupant près de la fenêtre. Je pose mon sac et ma valise entre lui et moi. La contrôleuse bondit. Elle me fait comprendre que mes affaires iront à terre, dans l’allée, et moi dans une seule place. Bien forcé d’obéir. Pour circuler, les gens devront escalader mon paquetage.

Pas grave : eux en ont l’habitude. Plus tard, je vais voir des tas bien plus importants que le mien et dès maintenant les vendeurs ambulants me démontrent que ce n’est pas un problème. Encore un quart d’heure et les vendeurs descendent, le car démarre. Jusqu’ici, j’ai eu de la chance avec les horaires. Autre chance, le bus est complet sauf une place: cetle qui me sépare du petit vieux. J’ai deux places pour étaler mon seul séant. Ne serait-ce ta malignité des ressorts qui se sont ménagé des soupiraux dans la moleskine des sièges, je pourrais espérer couvrir les cent quatre kilomètres du trajet avec confort. Enfin, i! ne faut rien exagérer: le dossier devant moi n’est qu’à soixante centimètres. Il est 9h45 ; nous devrions être rendus dans deux heures.

On me demande deux mille dôngs, soit le prix de deux places. Mais mes bagages sont à terre? Ils occupent quand même une place, d’après la redoutable receveuse. Au bout de vingt kilomètres on s’arrête. Les gens descendent et on descend aussi les bagages du toit. Je reste seul, un peu médusé. Pas longtemps ; le chauffeur remonte et me fait comprendre que, moi aussi, je dois sortir: son moteur a rendu l’âme. Que vais-je devenir? Pas d’affolement! il m’explique encore, laborieusement, qu’il va me faire monter dans le premier car qui passera. Je n’aurai rien de plus à payer. Dans les cinq minutes, sa promesse est tenue. Il y a même un bonus : le nouveau car est un « express », donc plus rapide et moins tape-fesses, plus généreux enfin pour la largeur des places. Logiquement, il aurait donc dû coûter plus cher. C’est vrai mais c’est relatif: en France, seuls des déportés auraient pu s’entasser et se serrer dans ce volume.

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C’est qu’il faut ajouter au contenu initial celui de notre tombereau. Tout le monde est assis car on a rajouté de minuscules tabourets dans l’allée. Moi, j’ai une vraie place et mes bagages sont dans le coffre. Peut-être parce que je suis toujours le seul Occidental présent. Quelques voisins essaient de me parler, en vietnamien car ils ne connaissent pas d’autre langue. À cinq rangées devant, un vieux (comme moi) se retourne et m’apostrophe. Il était, me dit-il, professeur de français jadis, à Phnom Penh. D’après son français actuel, il n’a pas dû former beaucoup d’académiciens. Dieu merci ! nous arrivons à Vinh Long et il nous quitte. Monte simultanément une jeune fille pas très jolie mais délurée. Au bout d’un moment, elle change de place avec un autre voyageur assis devant moi et engage de suite la conversation, en anglais. Elle habite Vinh Long mais va au collège à Cantho. Elle y réside chez un oncle. Nous parlons de choses anodines jusqu’à l’arrivée. C’est, selon l’habitude, à plusieurs kilomètres avant la ville. Des trucks assurent la liaison. Je propose à la gamine d’en prendre un en commun. Elle est d’accord et, d’emblée, négocie. Cela me coûtera 5000 dôngs pour les cinq kilomètres.

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