Phung Village : le village oublié de Hoang Su Phi où les rizières touchent le ciel

Il y a des endroits au Vietnam qui se laissent trouver facilement, et puis il y a Phung Village. Perché à plus de 1 000 mètres d’altitude, encerclé par les chaînes de Tay Con Linh et Gia Long, ce hameau du district de Hoang Su Phi, dans la province de Ha Giang, ne figure sur aucun grand itinéraire touristique. C’est précisément ce qui en fait une pépite pour qui veut sortir des sentiers battus du Nord Vietnam : pas de bus climatisés ni de files d’attente pour la photo parfaite, juste des rizières en terrasses qui grimpent à l’assaut des montagnes et le peuple La Chi, qui perpétue presque sans bruit un mode de vie vieux de plusieurs siècles.

Pourquoi Phung Village mérite le détour

La première chose qui frappe en arrivant, c’est l’échelle du paysage : les rizières s’étagent verticalement sur les flancs de la montagne, comme des marches taillées pour des géants. Pendant la saison des récoltes, toute la vallée se pare d’un jaune doré éclatant ; au petit matin, des nappes de brume flottent à hauteur d’yeux, donnant à l’ensemble un air presque irréel.

Ce qui distingue vraiment Phung Village d’autres sites de rizières en terrasses plus connus, comme Mu Cang Chai ou Y Ty, c’est son caractère brut et sauvage. On est loin de l’atmosphère douce et carte postale de certaines destinations : ici, tout respire une grandeur ancienne, presque austère, sculptée par des générations d’agriculteurs La Chi. Si vous avez déjà admiré les rizières en terrasses de Sapa, vous comprendrez vite que celles de Hoang Su Phi racontent une histoire différente, plus rude, plus intime.

Une immersion chez le peuple La Chi

Le vrai trésor de Phung Village, ce n’est pas seulement le paysage : ce sont ses habitants. Les La Chi, qui ne parlent pas toujours le kinh (la langue majoritaire vietnamienne), accueillent pourtant les visiteurs avec une hospitalité désarmante. On vous invitera chez eux, on vous servira une eau infusée de racines bouillies, et on vous fera goûter des spécialités préparées avec ce que la terre offre.

Les femmes La Chi tissent elles-mêmes leurs habits traditionnels, sobres et discrets comparés à d’autres ethnies de la région, aux tons beige et aux motifs discrets. La maîtrise de la couture reste d’ailleurs, aujourd’hui encore, un critère de choix pour un futur mari — un détail qui en dit long sur les valeurs de cette communauté.

Les légendes locales, transmises oralement, racontent les exploits d’ancêtres mythiques comme Hoang Din Thung ou Pu Lo To, censés avoir enseigné aux La Chi l’agriculture et les techniques de survie. Prendre le temps d’écouter ces récits, souvent contés le soir autour du feu, change complètement la façon dont on perçoit le lieu.

Que faire à Phung Village ?

Chasser les nuages à l’aube

L’expérience la plus mémorable reste sans doute le lever avant l’aube, vers 4h30, pour observer les nuages s’installer dans la vallée. Contrairement aux nappes épaisses qu’on peut croiser du côté de Ta Xua, ici les nuages sont fins, presque vaporeux, et enveloppent doucement les rizières et les maisons en bois grisées par le temps. Les homestays s’animent discrètement à cette heure, et il n’est pas rare de partager ce moment avec d’autres voyageurs venus, eux aussi, pour la même raison.

Randonner sur les sentiers des rizières

De nombreux petits abris en bambou et chaume jalonnent les chemins qui surplombent les terrasses. Construits simplement, avec des bancs rudimentaires, ils servent de halte pour se reposer, discuter avec d’autres marcheurs, ou simplement contempler le paysage à l’abri du soleil ou d’une averse passagère. C’est aussi l’endroit idéal pour comprendre à quel point Phung Village s’inscrit dans la continuité des villages ethniques du Nord Vietnam, où chaque hameau conserve ses propres traditions malgré des paysages qui se ressemblent parfois d’une vallée à l’autre.

Goûter la cuisine locale

Le riz cuit dans des tubes de bambou, accompagné de sel de sésame, est un incontournable. On y ajoute souvent une carpe d’étang croustillante, du riz gluant parfumé au pandan et au lait de coco, ou, pour les plus aventureux, une viande moins conventionnelle typique de la cuisine du Nord-Est. Rien de tout cela ne se trouve dans les restaurants : ce sont les familles d’accueil elles-mêmes qui préparent ces repas.

Impossible également de repartir sans avoir goûté au thé Shan Tuyet, cultivé sur d’anciens théiers qui poussent dans les brumes environnantes. Sa saveur délicate en fait une boisson emblématique de tout Hoang Su Phi.

Participer aux festivités locales

Si votre passage coïncide avec la mi-août, ne manquez pas le Tet Khu Cu Te, une fête ancestrale honorant les ancêtres et célébrant les récoltes. Les cérémonies s’accompagnent d’offrandes, puis de jeux et de veillées autour du feu. Au printemps, les villages voisins organisent aussi le Festival du Combat de Chèvres, où des animaux entraînés s’affrontent sous les yeux d’un public conquis.

Quelques règles de savoir-vivre à respecter

La visite d’un lieu aussi préservé implique quelques précautions simples : évitez les marques d’affection en public, demandez la permission avant de photographier quelqu’un, ne touchez jamais la tête d’un habitant sans autorisation, et acceptez la nourriture qu’on vous offre plutôt que de la refuser. De petits gestes qui font toute la différence dans l’accueil que vous recevrez.

Où dormir et comment s’y rendre

Phung Village se trouve à environ 300 km de Hanoï, via la Route 2, avec une dernière portion sinueuse après Tan Quang jusqu’à Vinh Quang, puis encore 30 km pour atteindre le village. Les homestays comme Trong Phu, Chi Tai ou La Chi Phong offrent des tarifs abordables (parfois moins de 100 000 VND la nuit) et une vue directe sur les rizières.

Pour organiser votre trajet dans cette région encore préservée, il peut être utile de comparer les conditions climatiques et les meilleures périodes de visite, un peu comme lorsqu’on planifie une excursion vers Cao Bang, une autre destination du Nord Vietnam où la saison change tout. La route étant longue et parfois glissante en saison des pluies (mai à octobre), mieux vaut privilégier les départs matinaux et éviter de rouler à la tombée de la nuit.

En résumé : pourquoi partir maintenant

Phung Village n’a rien d’un site aménagé pour les foules, et c’est exactement pour cela qu’il séduit les voyageurs en quête d’authenticité. Entre octobre, période de la récolte dorée, et la fraîcheur parfois enneigée de l’hiver, chaque saison façonne un visage différent du village. On y vient pour les rizières, on en repart avec le souvenir d’un accueil qui, lui, ne se trouve nulle part ailleurs. Si l’aventure du Nord Vietnam vous tente, sachez que des étapes voisines comme la cascade de Ban Gioc permettent de prolonger facilement le voyage, tout comme un détour par les brumes de Hoang Su Phi évoquées par d’autres voyageurs ayant arpenté cette région reculée du pays — un carnet de route qui vaut le détour pour préparer votre propre itinéraire.

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